Mes collègues bloggeurs ont présenté déjà cette intéressante plénière dans sa "blogalité" (cherchez pas la dyslexie, c'est voulu).
Je vais donc me concentrer sur l'intervention de Didier Quillot, PDG de Lagardère Active, dont les propos m'ont personnellement surpris et qui méritent à mon avis d'être compris dans une stratégie plus large, mise en place dans la conquête du web par les médias télévisuels.

Juste avant, par un autre intervenant, nous avions appris que les "moins de 15 ans" seraient capables d'utiliser 5,4 médias (ça veut dire quoi ?) différents en même temps (les enseignants vous expliqueront aussi que les mêmes gamins sont incapables de se concentrer sur un seul média à la fois, qu'ils oublient aussitôt ce qu'ils apprennent et que leur inattention pour le réel comprends également l'inattention aux autres. Mais bien sûr on était pas pour parler de cela).

J'ai écouté, en frissonnant, la stratégie de captation des enfants de Lagardère Active, esprimée ainsi par M. Quillot :

"Nous visons la génération Internet, les jeunes de moins de 15 ans faisant du multitasking.
On bouge les lignes : Internet change le modèle. Internet change, bouscule et rend tout plus rapide.
Il faut intégrer de ce que j'appelle le « jeu de jambes » des enfants du web et les marier avec nous, les faire travailler avec nous ensemble pour l'intérêt de notre groupe."

Après le cerveau disponible à louer à Coca Cola, voilà le "Jeu de jambes" (plutôt de doigts agiles sur consoles et mobiles) rendu disponible pour Lagardère.

Canal J, appartenant au groupe Lagardère, nous a récemment rappelé, par sa dernière campagne publicitaire, que l'ère des parents était finie et que la télé était meilleure qu'eux (les parents) pour s'occuper des bambins. Laissez donc faire les professionnels du divertissement télévisuels !

Nous savons maintenant que le groupe a une stratégie de captation intégrée de la jeunesse.
De quoi donner raison au philosophe Bernard Stiegler et aux thèses exposées dans son livre "La télécratie contre la démocratie".

Je ne suis pas contre la télévision, ni le web, bien au contraire, mais j'avoue que, quand l'on émet aucune réserve éthique par rapport à une stratégie touchant les jeunes consommateurs, j'ai peur.
J'ai fait un rêve : que ce que l'on appelle les industries de programme se rapprochent plus des institutions de programme, l'école en tête, pour que la génération du multitasking ne soit pas seulement (de plus en plus) la génération du "Happy slapping" (dont les vidéo finissent systématiquement sur YouTube et Dailymotion).

Commerce et éthique peuvent aller ensemble ? Assurément !
L'entreprise peut avoir confiance en ses salariés et réciproquement ? Bien sûr !
L'appât du gain à court terme peut détruire la socialité en valorisant la pulsion au détriment de la construction de l'être ?
Certainement, et le web, ses application sur les mobiles, sont un terrain de jeu où des arbitres sont assurément nécessaires, pour que le jeu ne soit pas à terme suicidaire.

A suivre...de près.