De l'Être au désêtre, du désêtre à l'Être-là : une traversée du désert
Par Un vulnérable, dimanche 15 avril 2007 à 19:54 :: Pensée Fr..agile :: #227 :: rss
Mes frères et sœurs d'humanité
à l'occasion de Pessah, je vous propose une méditation doublée d'une fable, intitulée "De l'Être au désêtre, du désêtre à l'Être-là : une traversée du désert".
J'ai la chance de faire rencontre avec le judaïsme, à la fois dans son éthique et dans sa pratique, dans un environnement intellectuel et spirituel particulièrement propice à la réflexion et au ressenti.
à l'occasion de Pessah, je vous propose une méditation doublée d'une fable, intitulée "De l'Être au désêtre, du désêtre à l'Être-là : une traversée du désert".
J'ai la chance de faire rencontre avec le judaïsme, à la fois dans son éthique et dans sa pratique, dans un environnement intellectuel et spirituel particulièrement propice à la réflexion et au ressenti.
J'avais, il y a deux ans, écrit quelque chose sur la symbolique sacrificielle du Christ, comme moment de vérité face à la logique du bouc-émissaire.
J'en avais parlé pour dire que, face à l'iniquité faite à celui qui, se sachant innocent, va jusqu'au bout de son martyre pour magnifier le déni de justice, la seule réponse est de sortir de la logique de "bouc-émissérisation", pour rentrer dans la responsabilité absolue à l'autre qui, si elle ne refuse pas la rigueur, est tout entière circonscrite par la bonté.
Pour lire ce texte vous pouvez cliquer ici.
Parlons maintenant de la symbolique, assez courante, de la "traversé du désert", souvent associée à la "sortie de son Égypte intérieur", etc... etc...
Que se passe-t-il dans ce désert ? Après les avoir pressé, leur avoir demandé de se hâter pour sortir d'Égypte à la suite de la dixième plaie, voilà que Dieu s'amuse à les faire errer dans le désert, jusqu'à qu'une génération tout entière ait disparu ! Même Moïse n'a pas le droit de rentrer dans la terre promise, il peut juste la contempler avant de mourir !
Entre temps, il y a comme des contradictions. Le soleil tape, il n'y a rien à manger, rien à boire, on tourne en rond et pourtant... jamais l'Éternel n'a été si proche, visiblement proche de son peuple (rappelez-vous, le nuage au-dessus du tabernacle, contenant les tables de la loi).
Il fait descendre tous les jours la manne (sauf le Chabbat, mais le jour avant c'est double ration !) il fait jaillir l'eau du rocher.
Il les éduque et les sustente au même temps, il est Père et Mère ! Ce rapport à l'enfance se retrouve d'ailleurs dans les premières rencontres du peuple juif avec les habitants de la terre promise !
Que disent les observateurs envoyés par Moïse ? Que cette terre est peuplée de géants ! Certains prennent peur, ne veulent plus y aller ! Des géants. Comprenez-vous ? Des géants tels que le petit enfant se représente les adultes.
Cette histoire peut alors se lire comme la difficile histoire de l'incarnation de l'âme (de l'être) dans le monde, pour pouvoir agir dans l'histoire (être-là). C'est aussi une très belle histoire d'amour et de fidélité incarnée, parfois de façon glorieuse, parfois très maladroitement, par le peuple qui l'a reçu en (très difficile) héritage.
Voici comment je me la raconte à moi-même, dans ma propre mythologie personnelle.
"Au début, était l'Esprit. L'Esprit était, sans plus.
Vous allez me dire, comment sans plus ? Ce n'est pas super d'être ? Je ne sais pas trop, imaginez être tout ce qui EST, rien d'autre que votre conscience d'Être, il y a de quoi s'ennuyer à mort, non ? Sauf que comme vous êtes éternel, vous ne pouvez pas mourir ! (Woody Allen dit : l'éternité c'est long, surtout vers la fin)
L'Esprit décide alors de faire place à du non-être (vous me suivez jusque là ? Bon, là aussi comment de l'Etre produire du non-être, j'en sais rien), pour que des choses puissent se passer dans le temps (avant, il n'y avait pas de temps, parce que rien ne se passait, vous suivez ?). Mais dans le non-être non plus il ne peut pas se passer grand chose, s'il n'y a pas un peu d'être dans le non-être. Alors l'Esprit va émaner dans le non-être (style la lumière depuis sa source lumineuse, un truc comme ça) à travers différentes forme de matière et d'énergie (et vous le savez, les choses sont dans le monde grossier, clivées, mais beaucoup moins aux toutes petites échelles), pour vitaliser ce non-être et pour pouvoir agir, c'est le début de l'histoire : ta-taaaaaa ! (ou plutôt big-bang, le fiat lux quoi).
Bon, ce n'est pas tout, il faut maintenant pouvoir agir on. Mais qui, comment ? L'Esprit, en se rétractant partiellement, perd un peu de sa possibilité d'action (juste un peu, et c'est voulu, mais quand même !), il a donc prévu un magnifique programme permettant d'installer, à un certain moment de l'histoire de la création, une partie de sa conscience dans la matière.
C'est quand ça ? C'est quand c'est possible, quand la structure d'accueil (pour nous, c'est le corps humain) s'y prête.
Mais c'est quoi cette conscience d'être de l'Esprit ? Ça s'appelle comment ? Nous allons l'appeler l'âme.
A un moment précis (quand, je ne sais pas) une "miette" de conscience de l'Esprit se met en relation avec un corps, et l'aventure commence... dans l'oubli !
Ah oui, je ne vous l'avais pas dit. C'est vraiment trop dur pour l'âme d'atterrir, une expérience bien difficile que la rencontre avec la matière et ses limites ! Traumatisme et hop, oubli (ou presque, et pas pour tout le monde).
Bienvenue en Égypte, le petit ! T'es parti pour être esclave de ton défaut de mémoire.
Mais certaines âmes, plus sensibles que d'autres, entendent l'appel.
Il est impérieux : "Hâte toi, ne raisonne pas. ce n'est pas encore le temps de la tête. Écoute ton coeur, et n'emporte pas avec toi des choses qui peuvent enfler, fermenter, prendre trop de place et te ralentir... va vers ta propre liberté d'être LA (c'est-à-dire, dans l'espace assigné de ton action dans / sur le monde. C'est la symbolique du pain azyme)".
Ce n'est pas simple de répondre à l'appel !
Déjà, il faut se savoir d'être en défaut d'être-là ! Et combien d'entre nous remplissent leur vie d'action et de pouvoir pour se dire qu'ils existent. Leur énergie vient de leur insensibilité même. L'ego refuse d'écouter l'âme, sa pâte levée prend beaucoup d'espace. Les chevilles enflent, tout devient question de place à prendre dans la terre d'esclavage.(
Mais l'âme qui a entendu l'appel part vers...vers l'être-là ?
Que nenni, elle par vers son désêtre ! Car justement, c'est son ego qui la retenait en Égypte, il faut qu'elle apprenne à faire confiance. C'est sa traversée du désert, et elle est faite tout à la fois d'épreuves et de miracles.
L'enfance de l'âme qui vient juste d'être appelée est une toute une aventure.
On a faim, on a soif, on tombe , on voudrait tout laisser tomber... c'est vraiment trop dur.... mais de temps à autre, la Présence.
Claire, par les rencontres que l'on fait en chemin, par les portes qui s'ouvrent quand on y croyait plus. par les coïncidences auxquelles à force d'attention l'on devient plus sensible et dont l'on sait reconnaître la main invisible qui soutient le voyageur éprouvé.
L'âme peut rester longtemps dans le désert, parfois toute une vie. Elle peut même revenir en Égypte, convaincue d'avoir fait un mauvais rêve, de s'être fait avoir.
C'est difficile d'accomplir le désêtre, vaut mieux être-peu-près, à défaut d'être-là.
D'autres enfin sont appelés à rentrer dans la terre promise,à ne plus craindre les géants. Ce sont les âmes adultes (et non pas les âmes des adultes, car l'âge est ici bien relatif). Ce sont les élus, c'est-à-dire les coauteurs de la création, c'est-à-dire les absolument responsables.
Car l'élection est toute dans le devoir, mais d'un devoir joyeux pour l'âme qui est maintenant pleinement incarnée, Être-là, toute en se sachant d'ailleurs.
C'est seulement à ce moment que l'ego trouvera sa place véritable, car lui seul permet l'action individuelle et la jouissance de la vie. Un ego plein, parce que limité par l'expérience du "désert-désêtre".
C'est le mystère de la conscience, quand elle se maintient dans l'humilité, car il est dit (Deutéronome 8) :
"Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de l'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur et si tu garderais ou non ses commandements.
Il t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel.
Ton vêtement ne s'est point usé sur toi, et ton pied ne s'est point enflé, pendant ces quarante années."
Que votre pied soit léger quand le cœur vous dira que c'est l'heure de quitter votre Égypte.
J'en avais parlé pour dire que, face à l'iniquité faite à celui qui, se sachant innocent, va jusqu'au bout de son martyre pour magnifier le déni de justice, la seule réponse est de sortir de la logique de "bouc-émissérisation", pour rentrer dans la responsabilité absolue à l'autre qui, si elle ne refuse pas la rigueur, est tout entière circonscrite par la bonté.
Pour lire ce texte vous pouvez cliquer ici.
Parlons maintenant de la symbolique, assez courante, de la "traversé du désert", souvent associée à la "sortie de son Égypte intérieur", etc... etc...
Que se passe-t-il dans ce désert ? Après les avoir pressé, leur avoir demandé de se hâter pour sortir d'Égypte à la suite de la dixième plaie, voilà que Dieu s'amuse à les faire errer dans le désert, jusqu'à qu'une génération tout entière ait disparu ! Même Moïse n'a pas le droit de rentrer dans la terre promise, il peut juste la contempler avant de mourir !
Entre temps, il y a comme des contradictions. Le soleil tape, il n'y a rien à manger, rien à boire, on tourne en rond et pourtant... jamais l'Éternel n'a été si proche, visiblement proche de son peuple (rappelez-vous, le nuage au-dessus du tabernacle, contenant les tables de la loi).
Il fait descendre tous les jours la manne (sauf le Chabbat, mais le jour avant c'est double ration !) il fait jaillir l'eau du rocher.
Il les éduque et les sustente au même temps, il est Père et Mère ! Ce rapport à l'enfance se retrouve d'ailleurs dans les premières rencontres du peuple juif avec les habitants de la terre promise !
Que disent les observateurs envoyés par Moïse ? Que cette terre est peuplée de géants ! Certains prennent peur, ne veulent plus y aller ! Des géants. Comprenez-vous ? Des géants tels que le petit enfant se représente les adultes.
Cette histoire peut alors se lire comme la difficile histoire de l'incarnation de l'âme (de l'être) dans le monde, pour pouvoir agir dans l'histoire (être-là). C'est aussi une très belle histoire d'amour et de fidélité incarnée, parfois de façon glorieuse, parfois très maladroitement, par le peuple qui l'a reçu en (très difficile) héritage.
Voici comment je me la raconte à moi-même, dans ma propre mythologie personnelle.
"Au début, était l'Esprit. L'Esprit était, sans plus.
Vous allez me dire, comment sans plus ? Ce n'est pas super d'être ? Je ne sais pas trop, imaginez être tout ce qui EST, rien d'autre que votre conscience d'Être, il y a de quoi s'ennuyer à mort, non ? Sauf que comme vous êtes éternel, vous ne pouvez pas mourir ! (Woody Allen dit : l'éternité c'est long, surtout vers la fin)
L'Esprit décide alors de faire place à du non-être (vous me suivez jusque là ? Bon, là aussi comment de l'Etre produire du non-être, j'en sais rien), pour que des choses puissent se passer dans le temps (avant, il n'y avait pas de temps, parce que rien ne se passait, vous suivez ?). Mais dans le non-être non plus il ne peut pas se passer grand chose, s'il n'y a pas un peu d'être dans le non-être. Alors l'Esprit va émaner dans le non-être (style la lumière depuis sa source lumineuse, un truc comme ça) à travers différentes forme de matière et d'énergie (et vous le savez, les choses sont dans le monde grossier, clivées, mais beaucoup moins aux toutes petites échelles), pour vitaliser ce non-être et pour pouvoir agir, c'est le début de l'histoire : ta-taaaaaa ! (ou plutôt big-bang, le fiat lux quoi).
Bon, ce n'est pas tout, il faut maintenant pouvoir agir on. Mais qui, comment ? L'Esprit, en se rétractant partiellement, perd un peu de sa possibilité d'action (juste un peu, et c'est voulu, mais quand même !), il a donc prévu un magnifique programme permettant d'installer, à un certain moment de l'histoire de la création, une partie de sa conscience dans la matière.
C'est quand ça ? C'est quand c'est possible, quand la structure d'accueil (pour nous, c'est le corps humain) s'y prête.
Mais c'est quoi cette conscience d'être de l'Esprit ? Ça s'appelle comment ? Nous allons l'appeler l'âme.
A un moment précis (quand, je ne sais pas) une "miette" de conscience de l'Esprit se met en relation avec un corps, et l'aventure commence... dans l'oubli !
Ah oui, je ne vous l'avais pas dit. C'est vraiment trop dur pour l'âme d'atterrir, une expérience bien difficile que la rencontre avec la matière et ses limites ! Traumatisme et hop, oubli (ou presque, et pas pour tout le monde).
Bienvenue en Égypte, le petit ! T'es parti pour être esclave de ton défaut de mémoire.
Mais certaines âmes, plus sensibles que d'autres, entendent l'appel.
Il est impérieux : "Hâte toi, ne raisonne pas. ce n'est pas encore le temps de la tête. Écoute ton coeur, et n'emporte pas avec toi des choses qui peuvent enfler, fermenter, prendre trop de place et te ralentir... va vers ta propre liberté d'être LA (c'est-à-dire, dans l'espace assigné de ton action dans / sur le monde. C'est la symbolique du pain azyme)".
Ce n'est pas simple de répondre à l'appel !
Déjà, il faut se savoir d'être en défaut d'être-là ! Et combien d'entre nous remplissent leur vie d'action et de pouvoir pour se dire qu'ils existent. Leur énergie vient de leur insensibilité même. L'ego refuse d'écouter l'âme, sa pâte levée prend beaucoup d'espace. Les chevilles enflent, tout devient question de place à prendre dans la terre d'esclavage.(
Mais l'âme qui a entendu l'appel part vers...vers l'être-là ?
Que nenni, elle par vers son désêtre ! Car justement, c'est son ego qui la retenait en Égypte, il faut qu'elle apprenne à faire confiance. C'est sa traversée du désert, et elle est faite tout à la fois d'épreuves et de miracles.
L'enfance de l'âme qui vient juste d'être appelée est une toute une aventure.
On a faim, on a soif, on tombe , on voudrait tout laisser tomber... c'est vraiment trop dur.... mais de temps à autre, la Présence.
Claire, par les rencontres que l'on fait en chemin, par les portes qui s'ouvrent quand on y croyait plus. par les coïncidences auxquelles à force d'attention l'on devient plus sensible et dont l'on sait reconnaître la main invisible qui soutient le voyageur éprouvé.
L'âme peut rester longtemps dans le désert, parfois toute une vie. Elle peut même revenir en Égypte, convaincue d'avoir fait un mauvais rêve, de s'être fait avoir.
C'est difficile d'accomplir le désêtre, vaut mieux être-peu-près, à défaut d'être-là.
D'autres enfin sont appelés à rentrer dans la terre promise,à ne plus craindre les géants. Ce sont les âmes adultes (et non pas les âmes des adultes, car l'âge est ici bien relatif). Ce sont les élus, c'est-à-dire les coauteurs de la création, c'est-à-dire les absolument responsables.
Car l'élection est toute dans le devoir, mais d'un devoir joyeux pour l'âme qui est maintenant pleinement incarnée, Être-là, toute en se sachant d'ailleurs.
C'est seulement à ce moment que l'ego trouvera sa place véritable, car lui seul permet l'action individuelle et la jouissance de la vie. Un ego plein, parce que limité par l'expérience du "désert-désêtre".
C'est le mystère de la conscience, quand elle se maintient dans l'humilité, car il est dit (Deutéronome 8) :
"Souviens-toi de tout le chemin que l'Éternel, ton Dieu, t'a fait faire pendant ces quarante années dans le désert, afin de l'humilier et de t'éprouver, pour savoir quelles étaient les dispositions de ton cœur et si tu garderais ou non ses commandements.
Il t'a humilié, il t'a fait souffrir de la faim, et il t'a nourri de la manne, que tu ne connaissais pas et que n'avaient pas connue tes pères, afin de t'apprendre que l'homme ne vit pas de pain seulement, mais que l'homme vit de tout ce qui sort de la bouche de l'Éternel.
Ton vêtement ne s'est point usé sur toi, et ton pied ne s'est point enflé, pendant ces quarante années."
Que votre pied soit léger quand le cœur vous dira que c'est l'heure de quitter votre Égypte.
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