Charlotte et Pharaon
Par Un vulnérable, dimanche 23 avril 2006 à 23:03 :: Une vie vulnérable :: #177 :: rss
Pour aujourd’hui j’avais organisé une balade « cinéma », à la recherche des lieux de tournage de films.
Finalement, avec un ami, Jérôme, nous avons changé de plan, et sommes allés voir une exposition au Musée d’art et d’histoire du judaïsme consacrée à Charlotte Salomon.
Alliant un formidable talent artistique, un appétit pour la vie et l’urgence de laisser une trace, cette jeune femme de la bourgeoisie juive allemande, venue se réfugier en France, crée entre ses 23 et 26 ans une « œuvre totale ».
Finalement, avec un ami, Jérôme, nous avons changé de plan, et sommes allés voir une exposition au Musée d’art et d’histoire du judaïsme consacrée à Charlotte Salomon.
Alliant un formidable talent artistique, un appétit pour la vie et l’urgence de laisser une trace, cette jeune femme de la bourgeoisie juive allemande, venue se réfugier en France, crée entre ses 23 et 26 ans une « œuvre totale ».
Œuvre que, juste avant d’être arrêtée et de finir sa courte vie dans une chambre à gaz le jour même de son arrivée à Auschwitz, enceinte de cinq mois, confie à un ami en lui disant « Prenez-en soin, c’est tout ma vie ».
L’exposition, ma beaucoup touché. C’est un travail sur la mémoire qui se veut aller au delà du simple fait.
Charlotte, à travers des centaines de gouaches, des musiques, des écrits, y mets en scène sa vie. Mais quelle vie ?
Vie ? Ou théâtre ? Comme interroge si bien le nom de sa pièce.
Le deux, bien évidemment ! Une mémoire des choses advenues, une mémoire des temps obscurs de la montée d’un antisémitisme criminel, les temps de la guerre. Mais aussi, par l’ouvre d’art, le signifié d’un attachement à la vie malgré tout, le choix de la vie et du désir, comme dans les dessins illustrant une histoire d’amour entre elle et l’homme dont elle était amoureuse. Histoire de papier, de couleur, histoire désirée, rêvée, mais pas vécue.
Charlotte Salomon a entendu l’appel pressant de la vie ! Elle y a répondu avec tout son être, prise d’une frénésie artistique. Raconter, se raconter, se recréer, devenir soi.
Sortir, sortir de son Egypte, avant que cela ne soit trop tard, avant que notre Pharaon intérieur nous rappelle à l’ordre brutal des choses, du plus fort ou présumé tel, de la fatalité, de l’habituer. Faire de notre vie une œuvre d’art.
Cette poussée de fièvre artistique m’a fait penser à une très belle « dracha » (enseignement religieux) que j’ai écoutée il y a deux semaines à la synagogue de la communauté Massorti de Paris « Adath Shalom », sur la nécessité de se hâter, pendant la sortie d’Egypte.
« Celui ou celle qui veut encore se préparer et demande un certain délai ne partira pas. C’est maintenant ou jamais qu’il faut quitter la terre hostile. Il faut saisir ce moment et ne plus attendre. Une minute passe qui ne reviendra pas »
Charlotte Salomon a su saisir l’instant et se hâter.
Puissent mes lecteurs ne pas être dupes du fait que la nécessité « d’y réfléchir, de prendre son temps » est parfois une surdité de l’âme des esclaves qui, comme le dis Rousseau dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes « perdent tout dans leur fers, jusqu’au désir d’en sortir ».
Pour approfondir : le dossier de presse de l’exposition, en format PDF.
L’exposition, ma beaucoup touché. C’est un travail sur la mémoire qui se veut aller au delà du simple fait.
Charlotte, à travers des centaines de gouaches, des musiques, des écrits, y mets en scène sa vie. Mais quelle vie ?
Vie ? Ou théâtre ? Comme interroge si bien le nom de sa pièce.
Le deux, bien évidemment ! Une mémoire des choses advenues, une mémoire des temps obscurs de la montée d’un antisémitisme criminel, les temps de la guerre. Mais aussi, par l’ouvre d’art, le signifié d’un attachement à la vie malgré tout, le choix de la vie et du désir, comme dans les dessins illustrant une histoire d’amour entre elle et l’homme dont elle était amoureuse. Histoire de papier, de couleur, histoire désirée, rêvée, mais pas vécue.
Charlotte Salomon a entendu l’appel pressant de la vie ! Elle y a répondu avec tout son être, prise d’une frénésie artistique. Raconter, se raconter, se recréer, devenir soi.
Sortir, sortir de son Egypte, avant que cela ne soit trop tard, avant que notre Pharaon intérieur nous rappelle à l’ordre brutal des choses, du plus fort ou présumé tel, de la fatalité, de l’habituer. Faire de notre vie une œuvre d’art.
Cette poussée de fièvre artistique m’a fait penser à une très belle « dracha » (enseignement religieux) que j’ai écoutée il y a deux semaines à la synagogue de la communauté Massorti de Paris « Adath Shalom », sur la nécessité de se hâter, pendant la sortie d’Egypte.
« Celui ou celle qui veut encore se préparer et demande un certain délai ne partira pas. C’est maintenant ou jamais qu’il faut quitter la terre hostile. Il faut saisir ce moment et ne plus attendre. Une minute passe qui ne reviendra pas »
Charlotte Salomon a su saisir l’instant et se hâter.
Puissent mes lecteurs ne pas être dupes du fait que la nécessité « d’y réfléchir, de prendre son temps » est parfois une surdité de l’âme des esclaves qui, comme le dis Rousseau dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes « perdent tout dans leur fers, jusqu’au désir d’en sortir ».
Pour approfondir : le dossier de presse de l’exposition, en format PDF.
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