Agnus Dei qui dona nobis ( note écrite le 25 mars 2005)
Par Un vulnérable, mercredi 12 avril 2006 à 16:40 :: Pensée Fr..agile :: #174 :: rss
Le week-end de Pâques me donne l'occasion de parler d'une fête que juifs et chrétiens ont en commun, sans en partager les significations. Sortie d'Égypte pour les uns, résurrection du Christ pour les autres, il y a néanmoins un animal sacrificiel qui les réunit, l'agneau.
C'est le sang de l'agneau mâle sacrifié par chaque famille juive captive en Égypte qui, badigeonné sur chaque porte, indique à l'Ange Exterminateur de laisser vivre les premiers nés juifs et faire son oeuvre sur les premier nés égyptiens.
Cet agneau devient dans la théologie chrétienne la figure même du Christ, Brebis de Dieu, amené à la conduite du troupeau mais aussi à se sacrifier pour lui.
C'est le sang de l'agneau mâle sacrifié par chaque famille juive captive en Égypte qui, badigeonné sur chaque porte, indique à l'Ange Exterminateur de laisser vivre les premiers nés juifs et faire son oeuvre sur les premier nés égyptiens.
Cet agneau devient dans la théologie chrétienne la figure même du Christ, Brebis de Dieu, amené à la conduite du troupeau mais aussi à se sacrifier pour lui.
Ca me rappelle des bribes de souvenir de messe en latin, quand, dans ma première jeunesse, je m'étais essayé pendant quelques fois (l'envie m'est rapidement passée) à être enfant de chœur pour vivre les choses du dedans (c'était l'époque ou le prêtre psalmodiait de façon incompréhensible en latin, où il y avait une partie "secrète", j'avais huit ou neuf ans et je voulais être plus prêt pour comprendre ce qu'il disait et faisait).
Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem"
Cette phrase m'est resté gravée dans la mémoire. Elle résonnait en moi vraie, alors que je commençais à m'éloigner de la religion et que je professais à mon prof de religion du collège, à douze ans, que je voulais bien répondre aux questions dans les devoirs de religions mais que de toute façon je n'y croyait pas car j'étais athée.
Quelques épreuves de la vie étaient passées déjà par là pour me convaincre que Dieu n'existait pas (depuis, j'ai changé d'avis).
Pourtant cette phrase....
Mais pourquoi bon le sacrifice d'un exalté jusqu'au-boutiste pourrait nous donner la paix ? En quoi cette mort atroce pouvait bien témoigner d'autre chose que de la folie des hommes, celle des tortionnaires comme de celui qui accepte cette mort ?
Les années passèrent, et ma dimension christique se développant toujours plus (un mélange de masochisme névrotique que je supporte mal et dont je suis conscient et de masochisme social, limitation volontaire du moi pour autrui, que je me vis comme un don extraordinaire et rare de la conscience empathique), je devais me rendre à l'évidence.
Bien que je sois un messie récalcitrant et particulièrement incohérent, je ne puis pas ne pas me ressentir investi d'une certaine qualité "agneautique". (D'ailleurs ma viande préférée ce sont les côtelettes d'agneaux. Faudrait-il y voir un signe ?)
Me voilà donc voué à être le bouc émissaire de mes contemporains. Perspective bien peu réjouissante (je vous l'ai dit, je suis un messie récalcitrant qui freine des ses quatre pattes.... c'est le cas de le dire) mais qui hélas semble s'avérer assez systématiquement. Combien de fois j'ai dû fuir : un pays, une ville, des lieux de travail....
Je suis le « juif Ferro » (un jeu de mot avec juif errant qui n'aura pas échappé au lecteur averti de cette note ! ). De plus mon premier vrai amour s'appelait Pasquina (petite Pâques)! Tous fait signe !
Enfin, me voilà ici pour me convaincre de la valeur sacrificielle, de la résonance intime de ces mots en latin en moi. Cherche cherche.. et trouve pas ! Je sèche là, ma sublime intelligence… :) en arrive à sa tache aveugle.
J'ai eu la réponse dernièrement, en lisant un numéro de "La Vie," dans le billet de Jacques Arènes.
Le sacrifice de Jésus est symboliquement le sacrifice découvrant. Découvrant de quoi ? Découvrant de l'innocence même du bouc émissaire. Découvrant le marché de dupes de la culpabilité.
Un troc à sens unique. Chargé de la faute, l'homme s'en va vers la croix comme le bouc émissaire vers le désert. Sauf que la symbolique qui fait du Christ le fils de Dieu empêche de croire à sa culpabilité ! On y est : LE BOUC EMISSAIRE EST INNOCENT.
Du coup, l'Homme est sauvé !
Pourquoi ? Parce que si nous savons maintenant que le bouc émissaire innocent il nous faudra faire avec nos propres fautes, nos propres, faiblesses, notre culpabilité, en disant "moi", et pas "l'autre". En acceptant qu'il n'y ait plus de bouc émissaires. En acceptant la loi de la responsabilité individuelle ET du pardon (l'un et l'autre, de façon indissoluble).
Mais il est difficile de faire cela si l'on accepte pas avant tout notre fragilité. La force du christianisme réside dans le fait c'est une religion mettant l'accent sur les "faibles". C'est une religion où la vulnérabilité est acceptée et lieu précis de la socialité, de la fraternité. Je parle bien sûr du message évangélique et non pas de l'histoire de la chrétienté ici.
Très rapidement certains n’ont pas accepté cette idée de force dans la faiblesse. Et quand on se croit fort et juste, surtout au nom d'un dieu, alors on est prêt pour aller massacrer autrui, l'histoire recommence identique quelque soit le message original.
Je suis faible, vulnérable, et pourtant tout ceci ne dois pas être pour moi une excuse pour ne rien faire.
Je suis faible, vulnérable et je ne suis pas dans le monde de la plainte, du "on ne peut rien faire", du "ce sont les autres", de la rage projeté à coup d'insultes et de diffamation.
Je suis faible et vulnérable et la seule possibilité pour moi de ne pas être un bouc émissaire, et de ne pas avoir besoin que d'autres les soient, est de faire avec mes frères faibles et vulnérables qui acceptent de comprendre (croyant ou pas, ce n'est vraiment pas important) le message symbolique livré par la mort d’un homme (et sûrement jamais ressuscité) sur la croix, à l'aune de l'histoire du 20e siècle et de la catastrophe provoquée par les idéologies de la force.
"Got Mit Uns" ? Surement pas ! Plutôt "Agnus Dei qui dona nobis pacem"
Ne cherchez pas d'autres agneaux à tuer que ce qui est dans votre cœur... et surtout ne le tuez pas.
Bonne Pâques.
Agnus Dei qui tollis peccata mundi, dona nobis pacem"
Cette phrase m'est resté gravée dans la mémoire. Elle résonnait en moi vraie, alors que je commençais à m'éloigner de la religion et que je professais à mon prof de religion du collège, à douze ans, que je voulais bien répondre aux questions dans les devoirs de religions mais que de toute façon je n'y croyait pas car j'étais athée.
Quelques épreuves de la vie étaient passées déjà par là pour me convaincre que Dieu n'existait pas (depuis, j'ai changé d'avis).
Pourtant cette phrase....
Mais pourquoi bon le sacrifice d'un exalté jusqu'au-boutiste pourrait nous donner la paix ? En quoi cette mort atroce pouvait bien témoigner d'autre chose que de la folie des hommes, celle des tortionnaires comme de celui qui accepte cette mort ?
Les années passèrent, et ma dimension christique se développant toujours plus (un mélange de masochisme névrotique que je supporte mal et dont je suis conscient et de masochisme social, limitation volontaire du moi pour autrui, que je me vis comme un don extraordinaire et rare de la conscience empathique), je devais me rendre à l'évidence.
Bien que je sois un messie récalcitrant et particulièrement incohérent, je ne puis pas ne pas me ressentir investi d'une certaine qualité "agneautique". (D'ailleurs ma viande préférée ce sont les côtelettes d'agneaux. Faudrait-il y voir un signe ?)
Me voilà donc voué à être le bouc émissaire de mes contemporains. Perspective bien peu réjouissante (je vous l'ai dit, je suis un messie récalcitrant qui freine des ses quatre pattes.... c'est le cas de le dire) mais qui hélas semble s'avérer assez systématiquement. Combien de fois j'ai dû fuir : un pays, une ville, des lieux de travail....
Je suis le « juif Ferro » (un jeu de mot avec juif errant qui n'aura pas échappé au lecteur averti de cette note ! ). De plus mon premier vrai amour s'appelait Pasquina (petite Pâques)! Tous fait signe !
Enfin, me voilà ici pour me convaincre de la valeur sacrificielle, de la résonance intime de ces mots en latin en moi. Cherche cherche.. et trouve pas ! Je sèche là, ma sublime intelligence… :) en arrive à sa tache aveugle.
J'ai eu la réponse dernièrement, en lisant un numéro de "La Vie," dans le billet de Jacques Arènes.
Le sacrifice de Jésus est symboliquement le sacrifice découvrant. Découvrant de quoi ? Découvrant de l'innocence même du bouc émissaire. Découvrant le marché de dupes de la culpabilité.
Un troc à sens unique. Chargé de la faute, l'homme s'en va vers la croix comme le bouc émissaire vers le désert. Sauf que la symbolique qui fait du Christ le fils de Dieu empêche de croire à sa culpabilité ! On y est : LE BOUC EMISSAIRE EST INNOCENT.
Du coup, l'Homme est sauvé !
Pourquoi ? Parce que si nous savons maintenant que le bouc émissaire innocent il nous faudra faire avec nos propres fautes, nos propres, faiblesses, notre culpabilité, en disant "moi", et pas "l'autre". En acceptant qu'il n'y ait plus de bouc émissaires. En acceptant la loi de la responsabilité individuelle ET du pardon (l'un et l'autre, de façon indissoluble).
Mais il est difficile de faire cela si l'on accepte pas avant tout notre fragilité. La force du christianisme réside dans le fait c'est une religion mettant l'accent sur les "faibles". C'est une religion où la vulnérabilité est acceptée et lieu précis de la socialité, de la fraternité. Je parle bien sûr du message évangélique et non pas de l'histoire de la chrétienté ici.
Très rapidement certains n’ont pas accepté cette idée de force dans la faiblesse. Et quand on se croit fort et juste, surtout au nom d'un dieu, alors on est prêt pour aller massacrer autrui, l'histoire recommence identique quelque soit le message original.
Je suis faible, vulnérable, et pourtant tout ceci ne dois pas être pour moi une excuse pour ne rien faire.
Je suis faible, vulnérable et je ne suis pas dans le monde de la plainte, du "on ne peut rien faire", du "ce sont les autres", de la rage projeté à coup d'insultes et de diffamation.
Je suis faible et vulnérable et la seule possibilité pour moi de ne pas être un bouc émissaire, et de ne pas avoir besoin que d'autres les soient, est de faire avec mes frères faibles et vulnérables qui acceptent de comprendre (croyant ou pas, ce n'est vraiment pas important) le message symbolique livré par la mort d’un homme (et sûrement jamais ressuscité) sur la croix, à l'aune de l'histoire du 20e siècle et de la catastrophe provoquée par les idéologies de la force.
"Got Mit Uns" ? Surement pas ! Plutôt "Agnus Dei qui dona nobis pacem"
Ne cherchez pas d'autres agneaux à tuer que ce qui est dans votre cœur... et surtout ne le tuez pas.
Bonne Pâques.
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