Cette nouvelle barbarie là est anhistorique, elle est pulsionnelle, toute dans le temps réel de l'acte sans remords possible. La pensée n'y a pas accès, il y a "occlusion cognitive" et de ce fait occlusion affective vis-à-vis de la douleur, de la peine, de la peur d'autrui.
Ce n'est même pas de la perversion, où l'anempathie du sujet cherche désespéramment à ressentir quelque chose en poussant l'autre à livrer ses émotions les plus pénibles, car le pervers cherche paradoxalement à ressentir sa fragilité, il cherche à être affecté par autrui.

Non ! Ici il y a la réification totale de l'autre : on a gâché "la chose", c'était un accident… quand j'ai honte j'ai honte pour mes parents, pour ma famille… mais je n'ai pas de compassion pour "la chose".
Nous nous trouvons pas devant une "nouvelle pathologie" (ces jeunes gens ne sont pas des martiens, leur génome n'est pas différent du notre) mais avec une expression violente et contextuelle de l'amoralité. Une amoralité diffuse, que nous rencontrons presque tous les jours dans notre quotidien, mais qui se manifeste ici dans ses extrêmes conséquences.

Les liens :

L'assassin (présumé) de Sohane : "En m'amusant à la menacer, je pensais contrôler la situation. (...) J'ai vu le feu partir d'un coup. J'ai entendu 'boum', je sais pas d'où c'est parti."

Les "appâts" de la bande des barbares : "Comme plus de trente personnes à Bagneux, elles ont tout su, ou presque, et n'ont rien dit, ou à peine, imperméables à l'horreur et aux états d'âme, et comme incapables de regrets. Amorales, plus qu'immorales."