Dictature de l'émotion
Par Un vulnérable, vendredi 2 décembre 2005 à 12:27 :: Une vie vulnérable :: #120 :: rss
Suite au dernier acte de la catastrophe judiciaire d'Outreau, lisez ici l'extrait de l'analyse faite par Pascale Robert-Diard sur le Monde du 2 décembre 2005.
Sans Commentaire.
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Les dérives d'Outreau doivent nécessairement conduire à nous interroger. Elles sont aussi les nôtres.
Existe-t-il aujourd'hui une rumeur plus simple à colporter et plus difficile à contrer que celle de pédophilie ? Un frisson collectif plus facile à susciter ? Comment ne pas voir qu'à chaque fois que l'affaire d'Outreau s'emballait aucun des verrous ne lui résistait ? On se souvient de la déposition à la barre de l'un des policiers chargés du dossier. Un homme expérimenté qui avait été notamment chargé d'enquêter sur le cas du chauffeur de taxi Pierre Martel, de l'abbé Dominique Wiel, et d'identifier un "Dany le grand", qui entraînera plus tard l'interpellation de deux Daniel Legrand, père et fils. "Par rapport à toutes les pistes lancées par les enfants, nous étions perplexes, mais nous nous disions : pourquoi pas ?"
Quand les mêmes enfants accréditeront la folle histoire du viol et du meurtre d'une petite fille belge, inventée par Daniel Legrand, le même observera : "Cela paraissait difficilement crédible, mais eu égard à ce qu'avaient raconté les enfants sur les ignominies qu'ils avaient subies, on n'était plus à ça près." Et là encore, il s'était dit : "Pourquoi pas ?"
A la même barre de la cour d'assises, les assistantes maternelles ont souvent fait figure d'accusées. Mais pouvait-on demander à celles-là mêmes qui sont confrontées chaque jour aux manifestations de souffrance des enfants qui leur sont confiés de se montrer plus froides et plus circonspectes face à leurs récits qu'une société tout entière livrée, en la matière, à la "dictature de l'émotion", selon le beau titre du livre du psychiatre Paul Bensussan, écrit avec l'avocate Florence Rault (Editions Belfond, 2002), consacré aux allégations d'abus sexuels dans les séparations parentales ?
La remarque vaut aussi pour les assistantes sociales, qui se sont vu reprocher d'avoir tronqué la parole des enfants, et de l'avoir en quelque sorte démultipliée. Mais c'est oublier un peu vite les multiples procédures dans lesquelles les mêmes sont dénoncées comme fautives pour ne pas avoir alerté assez tôt sur des suspicions de violences sexuelles.
A l'heure où chacun s'émeut à juste titre du sort que la justice a trop longtemps réservé aux accusés d'Outreau, on ne résiste pas à raconter une anecdote. C'était il y a deux semaines, dans une école maternelle du 5e arrondissement de Paris. Les parents avaient été conviés à une réunion en vue de la préparation d'une "classe découverte" de quelques jours pour laquelle l'école sollicitait quelques accompagnateurs.
Une mère a pris la parole pour fixer une condition. "Je souhaite, a-t-elle dit, qu'aucun père n'accompagne les enfants." Au directeur qui lui en demandait les raisons, elle a indiqué sans l'ombre d'une hésitation : "A cause des risques de pédophilie".
L'article en entier est ici.
Une critique du livre La dictature de l'émotion, de Paul Bensussan et Florence Rault.
Une critique du livre La panique morale, de Ruwen Ogien.
Existe-t-il aujourd'hui une rumeur plus simple à colporter et plus difficile à contrer que celle de pédophilie ? Un frisson collectif plus facile à susciter ? Comment ne pas voir qu'à chaque fois que l'affaire d'Outreau s'emballait aucun des verrous ne lui résistait ? On se souvient de la déposition à la barre de l'un des policiers chargés du dossier. Un homme expérimenté qui avait été notamment chargé d'enquêter sur le cas du chauffeur de taxi Pierre Martel, de l'abbé Dominique Wiel, et d'identifier un "Dany le grand", qui entraînera plus tard l'interpellation de deux Daniel Legrand, père et fils. "Par rapport à toutes les pistes lancées par les enfants, nous étions perplexes, mais nous nous disions : pourquoi pas ?"
Quand les mêmes enfants accréditeront la folle histoire du viol et du meurtre d'une petite fille belge, inventée par Daniel Legrand, le même observera : "Cela paraissait difficilement crédible, mais eu égard à ce qu'avaient raconté les enfants sur les ignominies qu'ils avaient subies, on n'était plus à ça près." Et là encore, il s'était dit : "Pourquoi pas ?"
A la même barre de la cour d'assises, les assistantes maternelles ont souvent fait figure d'accusées. Mais pouvait-on demander à celles-là mêmes qui sont confrontées chaque jour aux manifestations de souffrance des enfants qui leur sont confiés de se montrer plus froides et plus circonspectes face à leurs récits qu'une société tout entière livrée, en la matière, à la "dictature de l'émotion", selon le beau titre du livre du psychiatre Paul Bensussan, écrit avec l'avocate Florence Rault (Editions Belfond, 2002), consacré aux allégations d'abus sexuels dans les séparations parentales ?
La remarque vaut aussi pour les assistantes sociales, qui se sont vu reprocher d'avoir tronqué la parole des enfants, et de l'avoir en quelque sorte démultipliée. Mais c'est oublier un peu vite les multiples procédures dans lesquelles les mêmes sont dénoncées comme fautives pour ne pas avoir alerté assez tôt sur des suspicions de violences sexuelles.
A l'heure où chacun s'émeut à juste titre du sort que la justice a trop longtemps réservé aux accusés d'Outreau, on ne résiste pas à raconter une anecdote. C'était il y a deux semaines, dans une école maternelle du 5e arrondissement de Paris. Les parents avaient été conviés à une réunion en vue de la préparation d'une "classe découverte" de quelques jours pour laquelle l'école sollicitait quelques accompagnateurs.
Une mère a pris la parole pour fixer une condition. "Je souhaite, a-t-elle dit, qu'aucun père n'accompagne les enfants." Au directeur qui lui en demandait les raisons, elle a indiqué sans l'ombre d'une hésitation : "A cause des risques de pédophilie".
L'article en entier est ici.
Une critique du livre La dictature de l'émotion, de Paul Bensussan et Florence Rault.
Une critique du livre La panique morale, de Ruwen Ogien.
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