Outreau, la débandade continue
Par Un vulnérable, jeudi 17 novembre 2005 à 21:11 :: Pensée Fr..agile :: #112 :: rss
"Chère soeur, je viens d'avoir ta lettre qui m'a fait plaisir. [...] Tu sais mercredi, comme je suis reparti, j'ai pleuré tout le long de la route. J'étais heureux que vous ne me laissiez pas tomber. Me revoilà, seul, en cellule, sans rien. J'attends un mandat pour pouvoir prendre la télé. [...] Lydia, comme tu vas venir, rapporte-moi à manger car ici ce n'est pas bon. Tu sais, avec la prison, je ne suis plus le même, vous avez dû le voir. Allez voir le juge pour le permis [de visite, NDLR] des enfants. Ici, ils me bourrent de cachets car ils ont peur que je mette fin à mes jours car maintenant je n'ai plus rien à perdre, s'ils ne me redonnent pas ma liberté, je ne tiendrai jamais dix ans pour une histoire que j'ai jamais fait de ma vie. [...] Ton frère qui vous aime.
Extrait d'un courrier du 29 avril 2002 adressé à sa soeur par François Mourmand, accusé (à tort) d'Outreau, suicide lors de sa détention provisoire après une surdose médicamenteuse.
*****
"Jean-Luc Viaux a ensuite reconnu avoir recopié pour les quatre enfants qu'il a entendu les mêmes conclusions, au mot près et à la faute de frappe près. "Sont (sic) témoignage reste mesuré", lit-on dans son rapport à quatre reprises.
Dans les couloirs, l'expert, furieux, s'est justifié en invoquant des raisons financières : "Quand on paie des experts aux tarifs d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage."
Le Monde, 17 novembre 2005
Le procès en appel de l'affaire d'Outreau confirme l'emballement de la machine judiciaire devant la parole de l'enfant. Voilà encore deux mineurs avouer que le prêtre Dominique Weil ne leur avait rien fait. Aujourd'hui ils sont capables d'avouer d'avoir dit "comme les copains"ou par ce que "ils avaient peur de se faire disputer par les policiers s'ils ne disaient pas ce que ils voulaient bien entendre".
Pas entendue pendant longtemps, sacralisée ensuite, la première victime de ce procès est bien la parole fragile de l'enfant.
Comment la recueillir, dans une société du vraisemblable ? Dans une société spectacle et de la représentation narcissique où la mythomanie permet le passage à la télé, s'affiche avec désivolture dans les blogs, semble être la règle plus que l'exception dans les tchat ?
Extrait d'un courrier du 29 avril 2002 adressé à sa soeur par François Mourmand, accusé (à tort) d'Outreau, suicide lors de sa détention provisoire après une surdose médicamenteuse.
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"Jean-Luc Viaux a ensuite reconnu avoir recopié pour les quatre enfants qu'il a entendu les mêmes conclusions, au mot près et à la faute de frappe près. "Sont (sic) témoignage reste mesuré", lit-on dans son rapport à quatre reprises.
Dans les couloirs, l'expert, furieux, s'est justifié en invoquant des raisons financières : "Quand on paie des experts aux tarifs d'une femme de ménage, on a des expertises de femme de ménage."
Le Monde, 17 novembre 2005
Le procès en appel de l'affaire d'Outreau confirme l'emballement de la machine judiciaire devant la parole de l'enfant. Voilà encore deux mineurs avouer que le prêtre Dominique Weil ne leur avait rien fait. Aujourd'hui ils sont capables d'avouer d'avoir dit "comme les copains"ou par ce que "ils avaient peur de se faire disputer par les policiers s'ils ne disaient pas ce que ils voulaient bien entendre".
Pas entendue pendant longtemps, sacralisée ensuite, la première victime de ce procès est bien la parole fragile de l'enfant.
Comment la recueillir, dans une société du vraisemblable ? Dans une société spectacle et de la représentation narcissique où la mythomanie permet le passage à la télé, s'affiche avec désivolture dans les blogs, semble être la règle plus que l'exception dans les tchat ?
La vrai question est, il me semble, le statut de la parole dans une sociétè contemporaine.
Cette "parole" dite ou donnée n'as plus la même valeur que dans une société fondée par la loi du père. Névrotique certes, mais structurée. Elle est "parole d'enfant", parole d'un "ça" pulsionnel, bouillonnant, malin. Parole pour séduire, parole pour mentir, parole pour exister au-delà de sa propre existence.
Pourquoi alors s'étonner que l'on écoute la parole d'enfant ? Au fond ce que l'on écoute est l'incapacité de cette société de secrèter une parole d'adulte, une parole vraie, juste. Une parole-cadre qui serait le mètre-étalon de la parole à écouter.
L'emballement de la justice, à Outreau, c'est un jeune juge, un gamin à la grosse tête et au peu de vécu, sorti tout juste d'école, nourri d'une culture narcissique des super-héros des films et de jeux-vidéos. "Cette affaire, est l'affaire du siècle" dit-il méprisant à un prévenu !
L'emballement de la justice, à Outreau, c'est celui des juges plus vieux (et on aurait espèré plus sages) qui auraient du avoir un oeil plus vigilant sur ce gamin proche par immaturité personnelle et générationnelle de la mythomanie de l'enfance. C'est le re-père absent, le parent qui abandonne son rôle de cadrage.
L'emballement de la justice, à Outreau, c'est l'emballement d'une société toute entière devant ses propres peurs et c'est la déroute de la parole pour dire vrai.
Pour en savoir sur les enseignements que le Ministère de la Justice a tiré de cette affaire, vous pouvez télécharger le rapport (de 66 pages) publié en Fevrier 2005.
Si le courage vous manque de tous lire, lisez au moins l'introduction, les méthodes, les problèmatiques mises en évidence, le chapitre 1 (Recueil et expertise de la parole de l'enfant) et l'ensemble des préconisations, à la fin du document.
Cette "parole" dite ou donnée n'as plus la même valeur que dans une société fondée par la loi du père. Névrotique certes, mais structurée. Elle est "parole d'enfant", parole d'un "ça" pulsionnel, bouillonnant, malin. Parole pour séduire, parole pour mentir, parole pour exister au-delà de sa propre existence.
Pourquoi alors s'étonner que l'on écoute la parole d'enfant ? Au fond ce que l'on écoute est l'incapacité de cette société de secrèter une parole d'adulte, une parole vraie, juste. Une parole-cadre qui serait le mètre-étalon de la parole à écouter.
L'emballement de la justice, à Outreau, c'est un jeune juge, un gamin à la grosse tête et au peu de vécu, sorti tout juste d'école, nourri d'une culture narcissique des super-héros des films et de jeux-vidéos. "Cette affaire, est l'affaire du siècle" dit-il méprisant à un prévenu !
L'emballement de la justice, à Outreau, c'est celui des juges plus vieux (et on aurait espèré plus sages) qui auraient du avoir un oeil plus vigilant sur ce gamin proche par immaturité personnelle et générationnelle de la mythomanie de l'enfance. C'est le re-père absent, le parent qui abandonne son rôle de cadrage.
L'emballement de la justice, à Outreau, c'est l'emballement d'une société toute entière devant ses propres peurs et c'est la déroute de la parole pour dire vrai.
Pour en savoir sur les enseignements que le Ministère de la Justice a tiré de cette affaire, vous pouvez télécharger le rapport (de 66 pages) publié en Fevrier 2005.
Si le courage vous manque de tous lire, lisez au moins l'introduction, les méthodes, les problèmatiques mises en évidence, le chapitre 1 (Recueil et expertise de la parole de l'enfant) et l'ensemble des préconisations, à la fin du document.
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