Krishnamurti, Se libérer du connu, Edition Stock 1975
Par Un vulnérable, dimanche 3 avril 2005 à 01:03 :: Des-livres toi :: #7 :: rss
Fin de lecture : 15 mai 2004
Soir du 15 avril. Je pose le livre que j’ai lu d’un trait. J’avais acheté ce livre en 1999, sans l’ouvrir depuis. Au même titre que la centaine de livres (ou deux cent… je ne sais plus) qui attendent d’être lu.

Ah, quelle grave erreur d’avoir laissé de côté un livre aussi fondamental pour son évolution personnelle ! Peut-être non. Peut-être que les pages d’un livre qui vous a fait signe à un moment de votre vie s’ouvrent à un autre, là où le signe devient direction. Il y a des livres qui semblent animés de leur propre vie. Ils sont là pour que l’on s’écoute, l’on se surprenne en intimité de soi-même. L’être est révélé par la rencontre avec les mots de l’autre qui s’arraisonnent en vous. Abordage pacifique de l’esprit.
J’avais passé la veille enragé contre moi-même. Enfin, une partie de moi-même : Adrien le Nul. Ce minable qui a visiblement peur de laisser s’épanouir Adrien le Rexistant et qui fait tout pour qu’il se dévalorise devant les autres et lui-même, il lui fait perdre du temps dans des comportements compulsifs de mise à distance de l’angoisse. J’avais donc passé la veille à m’engueuler (du style : casse-toi connard et autre exorcismes intérieurs !). Cette rage m’avait donné une certaine énergie guerrière.
Bien, diriez-vous.
Sauf que… sauf que à force de croire que Hide peut se tirer comme ça, et qui ne fait pas AUSSI partie d’Adrien (autant que Jeckill, le bon docteur) l’intransigeance devient impossibilité d’évolution de l’être, et la violence directe ou indirecte son seul mode d’expression. Krishnamurti, dans son livre et par l’exemple de sa vie même, nous invite à l’extrême lucidité de celui qui se sait conditionné (de l’intérieur comme de l’extérieur).
Avec un langage clair et saisissant, le philosophe du silence et de la solitude comme instrument de découverte de soi (rien à voir avec les exercices spirituels conditionnant le mental sous prétexte de le déconditionner) nous invite à la découverte radicale de la liberté d’être.
En quinze chapitres courts, à lire, relire, méditer et surtout vivre, le livre est une plaidoirie puissante contre toute « solution » spirituelle, idéologique ou même neurophysiologique (très à la mode actuellement les solutions validées « scientifiquement » par des laboratoires de recherche !) qui ne seraient, en fait, qu’un énième conditionnement, une énième foi avec son cortège d’intolérance et de violence.
C’est une proposition d’un chemin de liberté et de rigueur, chemin infini de dévoilement progressif du sens de la liberté pour l’humain : « Etant libre, on agit à partir de ce centre, on est donc sans peur. Un esprit dégagé de toute peur est capable de beaucoup aimer, et l’amour peut agir à son gré. » nous dit l’auteur.
Mais comment, concrètement, accéder à cette liberté de non-peur ?
Après nous avoir montré comment la peur est le fait même de l’être conditionné « Je n’ai pas peur, je suis la peur », le principe fondateur de la cristallisation des illusions. Krishnamurti propose d’agir sur le temps, ou plus spécifiquement sur la création du temps vécu par la mémoire. Il nous propose d’entrer dans une intimité atemporelle observateur/observé, jusqu’à en confondre les termes. La clé de la connaissance intime du réel réside, selon l’auteur, dans ce collapse de l’espace-temps, dans l’annihilation d’un passé-mémoire-conditionnement qui nous enpêche d’être.
Si l’on trouve ici certains thèmes propres des philosophies orientales (notamment la rencontre de l’Etre intime, ou Atman, à travers l’annihilation de l’espace-temps subjectif), la pensée de l’auteur les dépasse ou plutôt les modernise dans l’intention même de cette identification observateur/observé. Il s’agit en effet d’une « suspension » de l’intentionnalité pré-conditionnée pour rencontrer le « neuf-en-soi ».
Le philosophe indien nous propose ni plus ni moins une « révolution totale », la révolution intérieure sans possibilité aucune de prosélytisme ! Une révolution du cœur également, car visant à la cessation de la violence sociale par la cessation de la violence contre soi-même.
Approfondir : le site francophone de l'Association Culturelle Krishnamurti.
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