Anne-Marie Delcambre, L’Islam des interdits, Desclée de Brouwer 2003
Par Un vulnérable, dimanche 3 avril 2005 à 00:51 :: Des-livres toi :: #6 :: rss
Fin de lecture : 10 mai 2004
Ce livre m’appelait depuis plusieurs semaines, mais il m’a fallu mon voyage au Maroc pour que j’entende son « cri » dans un rayon de la FNAC des Halles. Il continuait d’ailleurs à crier dans le sac FNAC, seul parmi les autres livres. J’ai donc cédé, en m’installant au premier étage du Mac Do de la place des Innocents (belle vue sur la place depuis les grandes fenêtres) et on le lisant d’un trait.

Quel livre ! Aux antipodes du « politiquement correct », utilisé surtout pour éviter la montée de la xénophobie et du racisme (une bonne raison) et par les politicards de gauche pour continuer à bénéficier du soutien de l’électorat musulman (une mauvaise raison). Ce livre mériterait peut-être une fatwa !
Anne-Marie Delcambre, docteur en civilisation islamique et professeur d’arabe au lycée Louis-le-Grand à Paris, nous montre comment l’occident démocratique est dans l’incompréhension de l’essence même de l’Islam et se fait complètement berner par les discours lénifiants sur le « vrai » Islam (à savoir, celui qui serait tout attention à l’autre et compassion de Dieu). Elle fait pour cela parler les textes fondateurs : le Coran, la tradition prophétique (Sunna) et le droit musulman (fïqh) et les premières biographies (non édulcorées) du « prophète ».
Ainsi, nous sont montrés pas à pas les illusions dangereuses des humanistes laïques qui au fond veulent être tolérants avec l’intolérance, avec l’espoir d’une acculturation lente mais inévitable à la modernité occidentale. L’auteur nous montre au contraire les obsessions, les interdits inscrits « prophétiquement » et culturellement dans l’Islam depuis ses origines à ce jour. Ces blocages et règles strictes de toute sorte, ainsi que le refus d’un regard critique ou historique sur les textes fondateurs, sont passés en revue, à partir de la personnalité du fondateur (pratiquant assidue de l’assassinat politique et des razzias) jusqu’à la relation de l’Islam avec les droits de l’homme.
Quand on va dans un pays musulman on reste lucide pour ne pas rester obnubilé par le côté exotique et l’accueil traditionnel. On ressent alors le danger qui existe dans l’assimilation rapide de l’Islam à une religion comme une autre, via le gommage de ses spécificités.
L’auteur nous amène à une autre vision. Celle d’une religion avec une visée et des enseignements fondamentalement différents du christianisme, donnant une culture et une structure sociale qui n’à rien à voir avec l’occident, et pour qui la modernité n’introduit pas des éléments de remise en cause, ou élaboration critique.
En vingt chapitres (et dix neufs questionnement de type : l’Islam et… la guerre, la femme, la foi, le sexe… le livre nous convie à un parcours documenté et lucide qui nous parle bien de choc de civilisation, bien que ceci nous fasse si peur que nous n’avons pas envie de le voir.
Après la lecture de ces pages, nous sortirons peut-être convaincus de deux choses :
a) Que la démocratie et la laïcité telle que nous la vivons et telle que nous l’avons défendue à coups de dizaines de millions de morts lors de la deuxième guerre mondiale est en danger.
b) Que la solution passe par une acculturation critique des musulmans installés dans la pays démocratiques occidentaux et par une véritable aide (économique, juridique, psychologique) à ceux qu’ici tentent de sortir du noyautage islamique (j’ai bien dit islamique et pas islamiste !), en premier lieu de femmes. Il faudra en même temps ne pas relâcher un instant la vigilance pour éviter que les interdits de l’Islam ne viennent, à défaut d’être modernisés, islamiser la modernité.
Approfondir : dans le site Minorités.org vous trouverez à la fois une intervieuw d'Anne-Marie Delcambre et une réfutation de ses arguments par Hans Miessen. A vous de voir.
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