« Ce livre n’est pas, dit-il, une publicité – mensongère, faut-il le préciser – vantant l’incroyable prémonition de la pensée juive sur les connaissances scientifiques les plus récentes du système nerveux humain » et plus loin « La démarche adoptée dans cet ouvrage répond plutôt à l’esprit de dévoilement progressif de la connaissance humaine de la Torah qui défini la pensée juive ».

Tiens, voilà une démarche de « lecture infinie » à laquelle j’ai été initié en participant à l’étude de Marc-Alain Ouaknin (MAO). Que cette lecture soit ré-ouverte par les acquis récents de la neurophysiologie, ça me semble plus qu’intéressant, car c’est de cette façon, après la lecture du livre « Tsimsoum, introduction à la méditation hébraïque » de MAO en , que j’ai été saisi par la proximité entre certains exercices de méditation juive et les techniques utilisées en sophrologie.

L’auteur s’interroge ici sur des éléments disparates attenants au judaïsme. Depuis le travail de mémoire engageant l’ensemble du corps à la relation âme-corps, en passant par la relation entre la pratique rituelle et l’Etude et le développement de l’antisémitisme, le voilà associer les connaissances et modèles en neurophysiologie avec ses propres réflexions sur l’éthique, la pratique la « condition » juives.

Personnellement j’ai lu avec plus d’attention les parties concernant les expériences de neurophysiologie, et notamment les plus récentes, que les partie spéculative de ce jeune médecin. Non pas que leur objet et l’originalité de la démarche ne soit pas intéressante, mais l’écriture est parfois « rabachante », parfois elle s’empresse vers la conclusion. Ainsi, déduire à partir d’une redondance d’une injonction de mémoire : « Souviens-toi » et « N’oublie pas » dans un passage de la Torah (Deutéronome) une intuition juive sur les différentes mémoires à rappeler, des fois qu’une fasse défaillance, est une interprétation très discutable (ma lecture du verset en question est autre). Non pas que l’intuition juive que le devoir de mémoire se « cultive » de façon polisensorielle pour l’incorporer ne soit pas exacte. Les thérapies à média corporel utilisent la même intuition (maintenant un savoir neurophysiologique) quand ils veulent « convoquer » le passé pour le rouvrir. Cette fixation sur le verset me paraît desservir la réflexion.

J’ai été par contre fasciné par la problématique de l’articulation entre pratique rituelle et l’Etude. La démonstration de l’existence de canaux de traductions de la visions en acte différent selon l’objectif visé (prendre une chose ou la représenter) explicite l’importance du rituel comme information supplémentaire dans le cadre d’une interrogation de texte. Là aussi, cette relation forte entre l’intelligible et le ressenti-expérimenté est intuition fondamentale en religion.

La troisième interrogation, sur l’origine de l’antisémitisme, est intéressante plus pour sa présentation de ce que l’on appelle « la théorie de l’esprit » que dans la démonstration de la relation de celle-ci à l’antisémitisme. Il n’y avait pas besoin d’ancrage neurophysiologique moderne pour rappeler que l’humain fonctionne essentiellement par projection et que donc il prête ses intentions ou non-intention à autrui. L’antisémitisme comme malentendu à partir du non-prosélitisme juif, soit ! La démonstration avec appareil à résonance magnétique ne solutionne pas le questionnement, elle montre mais ne démontre rien.

La quatrième interrogation sur l’âme, l’esprit et le corps conclue, justement à mon avis, que l’esprit est bien dans le corps et que tout cela est matière, mais il introduit de façon philosophique l’âme comme objet éthique, comme « le transcendant qui doit nécessairement être absolument extérieur à l’être, à son existence ‘ici et maintenant’ pour pouvoir assurer la pérennité de sa dignité d’humain. » L’immortalité présumée de l’âme est donc dans cette conception une métaphore de l’humanité de l’homme, une reconnaissance de l’appartenance du sujet à l’histoire de toute l’humanité, ce qui d’une certaine façon le sacralise et l’élève en dignité au-delà de toute « contribution » actuelle.

En conclusions, un livre un peu saccadé, on dirait « jeune ». Mais la rencontre entre certaines éléments de la pensée juive et la neurophysiologie s’avère intéressante. Après tout ceci à déjà donné…. la psychanalyse !

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