Jacques Attali, Blaise Pascal ou le génie français, Fayard 2000
Par Un vulnérable, samedi 2 avril 2005 à 22:05 :: Des-livres toi :: #3 :: rss
Fin de lecture : novembre 2003
Je termine, après une lecture très fragmentée de plus d’un an, l’essai de Jacques Attali sur Blaise Pascal, qui m’avait été prêté par mon analyste.

Il ne m’est pas difficile de comprendre la sympathie, en tant que vertu alchimique d’attirance réciproque, qu’Attali, celui dont Mitterrand disait « J’en ai pas besoin d’ordinateur, j’ai Attali », peut prouver pour Pascal. Et c’est la thèse, plus que la biographie, qui nous fait comprendre cette relation entre ces deux esprits de haute volée intellectuelle.
A travers une biographie de grande qualité, avec d’intenses passages sur la relation d’amour entre Blaise et sa sœur Jaqueline et des réflexions sur les somatisations de Blaise, intelligence de magnifique clarté dans un corps qui faisait tout pour la lui enlever (la clarté), Attali veut nous amener à une idée. Après 403 pages sur la vie du Monsieur Pascal, dans le dernier chapitres « Lumières (1663 – 2000), il esquisse en quatre-vingt pages l’héritage de Pascal à la France, et il en déclare sa persistance et sa modernité.
Je dois avouer que c’est la partie la plus faible de l’essai d’Attali. Non pas que je ne sois pas sensible à l’idée que, plus que cartésien, l’esprit français soit pascalien. Les qualités de l’écriture pascalienne et sa formalisation académique en disent longue sur l’influence de ce génie spirituel sur la langue française, et donc sur les techniques de l’écrit argumentatif.
Mais Attali nous montre un héritage moderne sans en débattre, de cette modernité. Sans mettre en question une modernité des modernes qui me semble être tout, sauf l’héritage d’un « génie français » dont il est question dans le titre. Ce qui me désole dans cet essai c’est qu’Attali nous parle d’une modernité qui semble pouvoir n’être partagée que par les intellectuels (de gauche, si possible) et non pas de cette désertification de la pensée qui fait aujourd’hui la modernité du français moyen (très très moyen), façonné non pas par l’auteur des Pensées, mais par ceux de Star Accadémy.
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