Un blog, l'auteur et son pourquoi
Par Un vulnérable, samedi 2 avril 2005 à 13:30 :: Une vie vulnérable :: #2 :: rss
Bienvenue sur le blog personnel d'Adrien F.
Quelques mots sur moi.
Je suis né à Tunis le matin d'un jour de novembre, en 1958.
Mes premières années de vie m'ont fait de suite comprendre que j'étais un vulnérable.
Vous savez ? Une de ces personnes frappées d'hypersensibilité, très émotives, curieuses, créatives et imaginatives, un peu à part.
Un magnifique bouc émissaire pour les cours de récrée, microcosme moins régulé par l'éthique que les lieux de socialisation des adultes, donc cruel par définition.
Bouc émissaire également de certains humains incapables de se regarder eux-mêmes, d'ouvrir l'espace de leur propre souffrance, d'accueillir l'autre.
Race des Seigneurs, vus par eux-mêmes. race des "s'ignore", vus par moi. Il m'est arrivé de devoir fuir, inadapté au combat.

Je me suis rapidement aperçu d'être un être inadequat à la lutte pour la domination et la survie individuelle que se livrent habituellement les humains quand ils sont en groupe.
Enfin, au combat pour la survie des "forts" et pour l'élimination des "faibles", style darwinisme social ou libéralisme économique, pour faire vite.
Confronté précocément à la manipulation, à la cruauté et à l'absurde, je me suis fait toute une autre théorie de la façon dont les humains devraient aborder leur survie de groupe et leur évolution personnelle.
En premier lieu, je crois que nous sommes tous vulnérables, mais que certains ont tellement peur de voir leurs failles, leurs blessures, leurs fragilités qu'il s'inventent des cuirasses psychologiques et sociales pour se protéger. Et, à l'occasion, des armes pour attaquer en premier les autres, de peur d'être frappés.
Je crois aussi que deux émotions seules nous façonnent : la peur et l'amour. Que "d'entrée en matière" nous naissons à la peur (d'autres diraient à l'angoisse), et que certain d'entre nous après un long parcours réussissent à renaître à l'amour.
Que la seule force des êtres vulnérables, come nous, les humains, réside dans la création de lien de non-peur avec l'autre.
Qu'il n'est pas possible de créer des liens de non peur sans tout d'abord, penser et accueillir l'autre comme "infiniment autre", resistant à toute réduction, à toute assimilation. Il s'agit d'accepter l'inaltérable altérité d'autri et de se mettre en relation, plutôt que de souhaiter son assimilation à soi, ne serait-ce que par des techniques de communication qui le rendront plus docile.
Qu'il n'y a pas de honte à être vulnérable, à le montrer, à faire des erreurs et à les reconnaître, car cela crée de la sympathie entre vulnérables qui acceptent de l'être. Même quand les autres vulnérables, ceux dirigés par leurs peurs et leurs aveuglements font tout pour nier la valeur de cette humanité (avez-vous noté comment les personnes portées par une mauvaise image d'elles même sont les premières à accuser autrui de tous les manques et de toutes les fautes ?).
Qu'il faut, d'urgence, réhabiliter la vulnérabilité de l'homme comme valeur substantielle, implicite à tout humain, fondant prospectivement la socialité.
Qu'il faut, d'urgence, faire du partage la base de notre programme de survie et de vie, à long terme. Que ce partage est acceptation de notre destinée commune et de notre responsabilité absolue envers les nouvelles générations, à qui nous laissons société et Terre en héritage.
Que vulnérabilité ne rime pas avec lâcheté, mais avec condition humaine.
Que vulnérabilité assumée ne rime pas avec plainte mais avec conscience de soi et des autres, avec une action responsable au quotidien.
Qu'il doit bien y avoir, sans que cela soit une utopie, mais sûrement une "télétopie", une autre façon de s'élever que celle qui mène au piétinement des autres ou à l'indifférence, sauf à être révéillés de façon sporadique par un Tsunami ou d'autres situations d'aggrégation de charité épisodique, à défaut de fraternité vécue.
Ce blog est mon témoignage de vulnérabilité "actante". J'appelle cette façon d'être une "rexistence" car il s'agit d'une resistance face à la mort, à toutes les morts psychiques et spirituelles avant la mort ineluctable et au même temps d'un témoignage d'existence, ou plus exactement d'ek-sistence (de sortie de l'être vers l'exister, seule possibilité de socialité consciente) .
Cette "rexistence", à la double nature vulnérable et volontaire, part forcement d'une prise de conscience et d'une acceptation de sa propre fragilité. Elle demande donc un travail interne important pour conscientiser et accepter ceci, sans en faire un outils de plainte et de culpabilité (envers soi comme envers les autres) mais à contrario un outil d'action de la politique participative et de la responsabilité citoyenne. Un outil également et surtout de fraternité.
Entre témoignages, réflexion et proposition concrètes, je distillerai une vision positive et militante de la vulnérabilité, dans un face à face philosophique et politique avec "l'exigeance" moderne de force, où le maillon faible est éjecté (parfois démocratiquement, avec le vote des téléspectateurs voyeurs et sadiques, car quand on est vulnérable et on nous impose d'être fort ou de mourir, cela fait des ravages dans les têtes à disposition de la publicité télévisuelle).
Ce blog n'est pas néanmoins un éloge du masochisme. La vulnérabilité doit être vécue positivement, voire défendue des soi-disant forts quand ils nous agressent, avec des actions spécifiques, y compris le recours à la Loi (la loi n'existe que par un aveu de faiblesse éthique des hommes, elle nait de la conscience de la vulnérabilité humaine, de la limite de jugement de chacun et de la nécessité nous protèger des autres... et de nous-mêmes).
Enfin, ce blog est, tout simplement, très simplement, un blog d'un être humain qui ne cache pas sa fragilité, sa sensibilité, ni son engagement à l'émergence d'une humanité solidaire et d'un Homme hautement responsable individuellement et collectivement.
Certains y trouverons de la matière à cynisme, à ironie, à "bouc-émissairisation"... tant pis pour eux !
D'autres pourront se reconnaître et accepter également un regard positif sur leur vulnérabilité. Et du coup arrêter de se pleindre, ne pas tous miser sur une thérapie miracle qui les transformerait en Terminator face à la dureté du monde, et commencer à agir en s'estimant un peu plus et à faire ensemble.
Car aucune thérapie est plus thérapeutique que d'apprendre à faire ensemble, et à partager.
Beaucoup de choses nous soignent, seul l'amour nous guérit.
Pour en savoir plus sur les initiatives "rexistantes" : c'est par là.
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